la vie des briques
Les rencontres du collectif Poudingue le weekend end dernier,
dans les locaux de 2 angles à Flers m’ont permis de faire la connaissance de Robin, un jeune potier de saint Amand en Puisaye.
Je lui parlai d’un ami potier qui était parti s’installer là-bas… Thierry Alexandre.
Il y a bien des années, lorsque Thierry cherchait des briques pour construire son four à bois, je lui avais proposé de démonter le four que j’avais construit (un four Girel bâtit avec des plans donnés par Alain Girel). Je ne m’en servais pas et je n’arrivais pas à le démonter.
L’investissement affectif était trop important pour moi. Il y a dans la construction de ces gros fours une puissance symbolique irréductible.
J’avais récupéré les briques sur le plateau sidérurgique de Caen-Colombelles, alors que toute la structure industrielle venait d’être vendue à la Chine avec une grande fierté des patrons et des politiques d’alors ! L’histoire montra à quel point ils ont pu avoir tort.
Thierry démonta notre four et deux ans plus tard, on cuisait chez lui dans un petit four à bois refait avec ces briques.
Plus tard, il déménagea, démonta le four et le rebâtit à Saint Amant avec toujours ces briques sorties du four à ciment qui recuisait la chaux nécessaire aux hauts fourneaux.
Robin m’apprit le décès de Thierry. Je ne l’avais pas su. Mais il m’apprit aussi qu’il avait récupéré les briques du four pour construire le sien. Ainsi, si l’on ne compte pas le four à ciment d’origine, ces briques en sont à leur 4ᵉ four de potier. Ce qui prouve bien qu’en termes de solidité et de longévité, elles nous sont largement supérieures.
Les briques passent les générations. Chez les potiers, elles resservent et resservent avec toujours la même excitation, toujours la même intention de construire un four neuf, un four qui servira à édifier de nouvelles aventures. Mais l’histoire est déjà là, au cœur des briques, comme elle est au cœur de la pratique, apprise et répétée depuis des générations…
Nous habitons un cimetière et c’est sur ces cendres que nous nous construisons.
Ce pot si bellement façonné
Sur le grand chemin le voici en débris jeté.
Attention ! sur lui ne posez pas le pied :
La carrière d’où vint son argile était une carrière de crânes.
Omar Khayam in Rubayat. Poésie Gallimard
image: invitation aux rencontres du Collectif poudingue