l'imprévu des pinceaux

15 jan. 20

Il y a des outils que je garde comme des reliques.

Comme des témoins sacrés de mes divagations. J’ai trouvé ces deux pinceaux à Saïgon, il y a vingt-deux ans. Deux brosses d’une vingtaine de centimètres de long dont les manches plats sont faits de bois léger comme du bois de cagettes. La touffe de six centimètres de large n’est pas constituée de poils mais de végétal tapé (tapa). La virole est faite d’un morceau de tôle martelée provenant vraisemblablement d’une boite de conserve agrafé de deux clous repliés. Je les ai utilisés quelques années puis les ai rangés ayant peur de les abimer. Ils ne sont effectivement pas d’une grande solidité. Je ne les avais d’ailleurs payés presque rien chez un marchand de couleurs qui était étonné que ça puisse m’intéresser. Ce n’était visiblement pas souvent qu’il faisait ce genre de vente à un touriste de passage. C’étaient les pinceaux les plus bricolés et les moins chers qu’il vendait dans son magasin. il y en avait trois, je les ai tous pris. (à cette époque, je n’achetais lors de mes voyages, que des louches et des pinceaux. Outils que je ramenais à l’atelier. ) L’émail a eu raison du premier, ce qui m’a décidé à nettoyer les deux derniers et à les ranger. Ils sont maintenant accrochés au mur de la salle où je dessine. Accrochés, comme des icônes du « faut s’débrouiller avec c’qu’on a ». Images d’un bricolage nécessaire. J’ai continué depuis à faire des pinceaux avec cette logique … des pinceaux approximatifs qui d’emblée rendent impossible toute précision de travail, mais qui par ailleurs, apportent beaucoup d’imprévu. Rejoignant par ce fait, la logique du travail que je pratique depuis toujours.