Ici, là.

26 dec. 25

Être présent comme si je guettais le renard…

sans bruit, sans bouger, mais ne perdant rien de ce qui se passe.
Les petits mouvements des oiseaux apeurés.
Ne rien manquer, décrire, témoigner sans juger. Tous les sens en éveil, à l’affut. Attentif au moindre fait.
Je suis dedans, au milieu. Je suis ici,
à fleur de peau.

Créateur… quelle prétention !
Je ne crée pas, je note ce que je ressens, j’essaie de le préciser, de le décrire davantage pour encore en profiter plus, et pouvoir ainsi l’exprimer.
Prendre.
Toutes les formes, toutes les couleurs sont là, autour de moi. Je dois les extraire et les isoler pour mieux les appréhender, les éprouver.
Les dire.

Je n’ai pas inventé ce monde, je l’ai senti. Cette phrase du poète américain Charles Reznikoff citée par Emmanuel Hocquard dans Le cours de Pise est à la base de tout ce que je veux faire : Ne rien inventer, rester à ma place de simple regardeur. Chasseur-cueilleur des images qui m’entourent.
Ce n’est pas une décision, mais le constat d’un état de fait.

Être encore plus là, voilà le but.

Être enfin le corps poreux qui absorbe toutes les sensations. Aller chercher les plus enfouies, les plus secrètes, creuser au plus profond de mes yeux. Retrouver les souvenirs évanouis, des façons de faire qu’on m’aurait interdites,

pour n'être juste qu'une éponge du monde.

Le cours de Pise Emmanuel Hocquard ed. POL pages 216-217
image : pot dans le jardin 2024 acrylique sur papier canson sketch 14,8 x 21 cm